Le 8 janvier 2026, le campus d’Avignon de l’ISARA a accueilli une conférence dédiée à une question centrale pour l’avenir des systèmes agricoles :
« Cultiver en Agriculture Biologique, est-ce bon pour la santé des sols ? ».
Cet événement, réunissant 70 participants, a proposé un temps d’échanges et de réflexion scientifique autour des liens entre agriculture biologique, fonctionnement des sols et enjeux climatiques contemporains.
Animée par Marie Perrin, enseignante-chercheure à l’ISARA, la conférence a confronté les principes historiques de l’agriculture biologique aux résultats récents de la recherche scientifique, en interrogeant notamment leur capacité à répondre aux défis actuels : maintien de la fertilité des sols, résilience face au changement climatique, et durabilité des systèmes de production.

Pour explorer cette thématique complexe, trois spécialistes ont apporté des éclairages complémentaires :
- Joséphine Peigné : Enseignante-chercheure à l’ISARA, spécialiste de la fertilité des sols en agriculture biologique.
- Xavier Salducci : Microbiologiste des sols, fondateur et président de la société Célestalab.
- Victor Galin : Conseiller spécialisé en matière organique au sein de l’association Agribio 05.

Si l’agriculture biologique place historiquement le « sol vivant » au cœur de son projet agronomique, les échanges ont montré que la réalité observée sur le terrain est plus contrastée. Les résultats issus de la littérature scientifique internationale indiquent globalement des effets positifs de l’agriculture biologique sur de nombreux indicateurs de la santé des sols, notamment la biodiversité des sols et l’absence de résidus de pesticides de synthèse. En revanche, les analyses de laboratoire menées en grandes cultures soulignent que, à texture de sol équivalente, la biomasse microbienne n’est pas systématiquement plus élevée en agriculture biologique qu’en agriculture conventionnelle en tenant compte de la grande variabilité des pratiques mises en œuvre dans les fermes.
Les discussions ont permis d’identifier trois défis majeurs pour la santé des sols en agriculture biologique :
- Le cycle carbone–azote
En agriculture biologique, la disponibilité limitée en azote peut restreindre les rendements et, par conséquent, réduire les restitutions de carbone au sol via les résidus de culture. Cette situation peut conduire à une forme de « sous-alimentation » de la biologie du sol, malgré des pratiques a priori favorables. - L’impact mécanique des pratiques culturales
L’absence de désherbage chimique implique souvent un recours plus fréquent au travail du sol. Celui-ci peut engendrer des risques accrus de dégradation physique des sols, notamment le tassement, avec des effets potentiellement négatifs sur la structure et la vie du sol. - L’incertitude climatique croissante
Le changement climatique complexifie fortement la gestion des processus de minéralisation de la matière organique. En agriculture biologique, l’absence d’intrants de synthèse limite les leviers de correction rapide, rendant l’adaptation des pratiques plus délicate face à la variabilité climatique.
Les intervenants ont convergé vers la nécessité d’une approche pragmatique et non dogmatique de la santé des sols en agriculture biologique. L’amélioration durable de leur fonctionnement repose sur des diagnostics agronomiques fins, réalisés à l’échelle de la parcelle, et sur une recherche conduite en co-conception avec les agriculteurs, afin d’adapter les pratiques aux contextes pédoclimatiques et aux systèmes de culture locaux.
Un consensus s’est dégagé autour de l’idée que le sol ne peut être considéré comme une machine réglable à l’aide de recettes universelles, mais bien comme un système vivant complexe, dont chaque situation nécessite une analyse et un accompagnement spécifiques.
La conférence s’est conclue par un échange nourri entre intervenants, professionnels du monde agricole, étudiants et participants extérieurs, marqué par des questions nombreuses et particulièrement pertinentes, témoignant d’un fort intérêt pour les enjeux scientifiques et pratiques liés à la santé des sols en agriculture biologique.


