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Les couverts végétaux en agriculture biologique : enjeux, pratiques et adaptation au changement climatique

Olivier Duchêne, enseignant-chercheur à l’ISARA, travaille sur la diversification des systèmes de grandes cultures pour les adapter à des contextes avec peu ou pas d’intrants, dans un contexte de vulnérabilité croissante aux changement climatiques. Ses recherches portent notamment sur les cultures mineures et les couverts végétaux, avec l’objectif de maximiser des processus écologiques bénéfiques : contrôle des adventices, recyclage des nutriments, stockage de carbone, structuration du sol et lutte contre l’érosion. Pour l’agriculture biologique, les couverts végétaux, qu’ils soient semés ou spontanés, jouent un rôle clé puisqu’ils compensent l’absence de fertilisation minérale en améliorant la fertilité physique, chimique et biologique des sols.

Présent lors du séminaire-ateliers « Des couverts végétaux pour une agriculture bio multiservices » organisé par l’ITAB le 2 décembre dernier à Paris, il revient dans les actes de ce colloque sur ce que sont ces couverts – leurs diversité d’usages notamment, les conditions de leur réussite ainsi que l’impact du changement climatique sur leur gestion.

Nous vous résumons quelques idées clés développer par Olivier Duchêne dans ces actes ci-dessous – vous pouvez retrouvez le texte complet ci-dessous (lien à la fin de l’article).

Réussir un couvert végétal en agriculture biologique

Les bénéfices d’un couvert dépendent avant tout de sa production de biomasse et réussir ce dernier mérite autant d’attention et de savoir-faire qu’une culture de rente. Pour y parvenir, trois principes sont essentiels :

  1. Une implantation soignée : choix des espèces adaptées au contexte et aux objectifs de l’agriculteur, préparation du lit de semence, et gestion des résidus.
  2. Un temps de croissance suffisant : les couverts doivent bénéficier de périodes de pousse suffisantes, notamment en automne-hiver, pour accumuler de la biomasse.
  3. Une gestion adaptative : observation régulière et ajustements (fauchage, broyage, irrigation) pour éviter les déséquilibres, comme une pression trop forte des adventices.

Les couverts multi-espèces (5-6 espèces ou plus) augmentent les chances de réussite du couvert dans des conditions de croissances incertaines, mais l’effet bénéfique de celui-ci reste tributaire de la biomasse totale produite.


Freins à l’adoption des couverts végétaux

Malgré leurs avantages, les couverts végétaux ne sont pas encore systématiquement utilisés. Deux obstacles majeurs persistent :

  • Les contraintes climatiques et organisationnelles : les fenêtres d’implantation et de destruction des couverts coïncident souvent avec des périodes de travail intense (récoltes, semis), et les aléas climatiques (sécheresse, excès d’eau) compliquent leur gestion.
  • Les verrouillages sociotechniques : les systèmes de culture spécialisés limitent les adaptations possibles des rotations et itinéraires techniques, ou la disponibilité d’agroéquipement ou de semences adaptées et accessibles économiquement freinent leur utilisation. Par ailleurs, les bénéfices des couverts, souvent tangibles à moyen terme, peuvent peiner à convaincre face à des logiques de court terme.

Pour lever ces freins, des leviers systémiques sont nécessaires : politiques publiques incitatives, accompagnement technique, sélection des couverts, et gestion collective des risques.


Adaptation des couverts végétaux au changement climatique

Le réchauffement climatique modifie les attentes et les pratiques autour des couverts végétaux. Plusieurs défis émergent :

  • Gestion de l’eau : dans de plus en plus de situations, les couverts doivent désormais être pensés pour limiter l’assèchement des sols tout en favorisant l’infiltration et la rétention d’eau.
  • Choix des espèces : certaines plantes, comme la cameline, le sarrasin ou le sorgho, résistent mieux à la sécheresse et à la chaleur. Certaines légumineuses, moins adaptées aux températures élevées, pourraient être remplacées par des « doubles couverts » combinant plusieurs espèces.
  • Pratiques culturales : les méthodes de destruction, d’irrigation ou de fertilisation doivent évoluer pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques et au coûts des intrants. Les couverts associés ou permanents (en plein, en rangs ou en bandes) gagnent en intérêt pour favoriser le temps de présence des couverts, et ainsi favoriser le retour sur investissement et les bénéfices agronomiques dans les rotations.

Les couverts végétaux sont un levier agronomique majeur pour l’agriculture biologique, mais leur succès dépend de pratiques adaptées, d’une diversification des espèces, et d’une approche systémique intégrant les contraintes climatiques et socio-économiques. Leur développement nécessite à la fois innovation technique et accompagnement des agriculteurs pour en faire un outil durable de résilience.

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